Un pays en proie à des difficultés économiques, qui n’est plus compétitif, voit sa monnaie perdre de la valeur. Les biens qu’il exporte, les services qu’il fournit sont, à l’étranger, moins cher. Mais ce qu’il importe est plus cher. En théorie, il exporte alors davantage, importe moins ce qui rééquilibre sa balance des paiements et stabilise sa monnaie. Certes ses emprunts en devises lui coûtent plus cher – intérêts et remboursements -, les prix à l’importation augmentent. Le pays s’est donc appauvri, même s’il peut espérer à terme que la relance des exportations stimule la création d’emploi. Cette dévalorisation de sa monnaie, généralement accentuée par la spéculation, un gouvernement, sa banque nationale, peuvent tenter de la freiner en rachetant leur monnaie avec leur réserves en devises et en or ou encore avec des emprunts, par exemple sous l’égide du FMI.
Quid d’un pays de la zone euro ? Un déficit de sa balance des paiements traduit un manque de compétitivité de son économie. Mais ce déficit n’a pas d’effet sur sa monnaie. Concrètement il va mettre en difficulté des entreprises et même des secteurs entiers, d’où de sérieux problèmes d’emploi que le gouvernement devra prendre en charge par des plans de relance et des mesures sociales, avec à la clé un endettement croissant des pouvoirs publics.
Il est pourtant certain que l’intégration au marché de l’Union et à l’euro constitue un atout majeur, en particulier pour les pays en difficulté ou moins avancés, même si les progrès ne sont pas aussi rapides que d’aucuns l’espéraient. Si le prix à payer par les populations de pays qui se sont trop endettés est élevé, il reste sans commune mesure avec les conséquences qu’aurait une sortie de l’euro et l’obligation de rembourser avec une monnaie dépréciée.
Beaucoup s’inquiètent pour cet euro, monnaie unique de pays qui peinent à coordonner leurs politiques économiques, budgétaires et fiscales. Alors que personne de s’étonne du rôle que continue de jouer le dollar d’une Amérique pourtant dramatiquement endettée. En réalité, ceux qui croient l’euro menacé se trompent : le danger, pour l’Europe et pour l’économie mondiale dans son entier, ce sont les faillites en chaîne des grandes banques de la planète qu’entraînerait le défaut de paiement des pays européens les plus endettés. Ce ne sont ni l’euro, ni les pays endettés qu’il faut sauver mais les banques et autres gérants de fortune qui leur ont prêté sans retenue et qui aujourd’hui ont pris peur.
Cette menace incite nombre de spéculateurs à la recherche de plus de sécurité à se tourner vers le franc suisse qu’ils jugent, probablement à tort, plus à l’abri d’une nouvelle crise financière. D’où une hausse du franc suisse qui laisse sans voix le Conseil fédéral et la Banque nationale. Cette hausse est si massive qu’elle risque, à terme, de détruire des pans entiers de notre industrie et de nos services, sans pourtant rendre le citoyen plus riche, les bénéfices de change à l’importation s’évaporant mystérieusement. Dans un monde où l’insécurité domine, il est dangereux de passer pour l'un des seuls havres de stabilité et de paix.
Des solutions, il y en aurait. Adhérer à l’euro.http://www.domainepublic.ch/articles/15279 Stabiliser le franc par rapport à l’euro (ou au dollar) en s’engageant à en racheter sans limite à un taux fixé une fois pour toutes. La Banque nationale a les moyens de le faire puisqu’elle paierait les euros ou les dollars avec des francs suisses qu’elle peut créer à volonté ex nihilo. Or elle n'ose pas, tant les attaques que lui ont valu son essai avorté de l'année dernière ont miné sa crédibilité. On a beau jeu de le lui reprocher. L'UDC, mais aussi la presse ne s'en privent pas. Et la gauche craint de soutenir la Banque nationale, tant il est difficile de faire comprendre aux électeurs que les pertes financières de la Banque, au demeurant largement fictives, www.domainepublic.ch/articles/15942 sont sans commune mesure avec les risques économiques et financiers de l'envolée du franc.
La troisième solution, la plus probable puisqu’elle n’exige aucune décision, aucune initiative, consiste à attendre que la situation économique de notre pays se détériore suffisamment pour que la confiance dans le franc suisse faiblisse. Les dégâts seront dramatiques mais personne ne se sentira responsable, et c’est peut-être l’essentiel ! Espérons au moins que nos autorités fassent tout pour en limiter l'impact, comme le suggère André Gavillet dans DP, http://www.domainepublic.ch/articles/17981 en étendant la garantie des risques à l'exportation à la compensation des pertes de changes dues à la hausse du franc entre la conclusion du contrat et le paiement. Elles devraient surtout s'engager rapidement à mettre fin aux avantages fiscaux indus offerts par la plupart des cantons aux holdings et autres sociétés étrangères, qui contribuent directement à la hausse du franc et à la détérioration de nos relations avec les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis.