dimanche 13 novembre 2011

Fermeture de l’usine Novartis

Exemplaire, le débat d’infrarouge sur ce drame humain.Des travailleurs motivés, engagés dans une entreprise manifestement rentable sous le choc d’une décision qui leur parait incompréhensible. Pourtant l’explication de l’entreprise est limpide : on peut produire meilleurs marché ailleurs. Son représentant le dit : une filiale allemande du groupe peut assurer la production supprimée chez nous sans personnel supplémentaire. Ce qu’il faut donc comprendre c’est que Novartis a investi ailleurs dans des machines et des équipements plus performants avec probablement des économies substantielles de main d’œuvre. Qu’il y reste des capacités de production ou que celles-ci aient été planifiées, cette usine peut aujourd’hui assurer la production suisse à meilleurs compte. Dans la mesure où elle n’a pas besoin de personnel supplémentaire, cela signifie que le coût marginal de la fabrication, en Allemagne, de ce qui est aujourd’hui produit en Suisse est quasi nul. En d’autres termes, les coûts fixes, et en particulier l’amortissement des investissements, vont se répartir sur de plus grands volumes de production, abaissant non seulement les coûts de la production transférée en Allemagne, mais de l’ensemble de la production de l’usine. Comparer les seuls coûts moyens entre Nyon et l’Allemagne n’explique donc probablement que très partiellement la décision de Novartis, qui en attend des gains bien supérieurs.
Pour être ce qu’elle est devenue, et simplement pour survivre et préserver à long terme des emplois, Novartis se doit d’innover et de rationaliser sa production. Le problème est de savoir à qui profitent à court terme les économies du type de celles prévues ici : Ce pourrait être le consommateur, par une baisse de prix. On peut toujours rêver ! Ce sont donc les actionnaires et les dirigeants. Or l’opération a des coûts externes, des coûts qui ne sont pas à charge de l’entreprise mais des employés et de la collectivité : des coûts humains d’abord, et l’émission les a montré, mais surtout des coûts économiques, pour les employés concernés, mais aussi à charge des assurances sociales – chômages, AVS, AI – et pour les collectivités - pertes fiscales, aide sociale. Novartis aurait-elle prise une décision différente si elle avait dû les prendre en charge ? Ce n’est pas impossible. Reste à en tirer les conséquences : Interdire de rationaliser la production, de remplacer la main d’œuvre par des machines est un vieux débat et un rêve dangereux. Il faut par contre que les entreprises réapprennent à assumer leur responsabilité sociale pour la région et le pays où elles travaillent et s’enrichissent. Elles le faisaient lorsqu’elles appartenaient ou étaient dirigées par des suisses bien intégrés dans la vie sociale, politique et militaire du pays. Elles ne sont plus intéressées aujourd’hui qu’à une seule chose : les profits immédiats. Reste donc à les frapper là où elles sont sensibles, en leur faisant supporter une partie au moins des coûts externes liés à leurs opérations de restructuration, au moins lorsqu’il s’agit d’entreprises qui ne sont pas en réelles difficultés.
Il faut souhaiter que la mobilisation autour des victimes de ce coup de force ne reste pas sans lendemain : Il faut que les licenciements collectifs fassent l’objet de négociations entre partenaires sociaux et que la loi, ou les conventions collectives, comme c’est notamment le cas en Suède, règlent les obligations de l’entreprise. Lorsque les négociations entre partenaires sociaux montrent que ce n‘est pas possible d’exiger le maintien des emplois, l’entreprises devrait au moins avoir l’obligation d’assurer le reclassement de la main d’œuvre licenciée, le maintien des revenus et des avantages acquis et le financement des mises à la retraite anticipée. Faute d’accords entre partenaires sociaux, pourquoi ne pas prévoir un impôt spécial qui en couvre les coûts, au moins jusqu’à concurrence des bénéfices des trois ou cinq prochaines années ?